Le gouvernement péruvien fait pression sur la chaîne d’informations CNN

Publié le8 septembre 2010

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Dans un entretien accordé à CNN et dont la chaîne n’a révélé que des extraits, le président péruvien Alan Garcia déclare qu’il serait prêt à collaborer avec les Etats-Unis pour endiguer le trafic de drogue. Le gouvernement estime que la chaîne d’informations a instrumentalisé les propos du chef de l’Etat et réclame la diffusion de l’intégralité de l’interview.

Alors que le Pérou est devenu le premier producteur mondial de feuille de coca – utilisées pour la fabrication de la cocaïne, Alan Garcia est revenu, dans un entretien à CNN, sur son plan de lutte contre le trafic de drogue. Pour la première fois depuis le début de son mandat, le président péruvien a reconnu qu’il pourrait accepter l’aide des Etats-Unis.

“Ils ont des hélicoptères et des systèmes d’imagerie satellitaire, à la bonne heure”, a-t-il affirmé au cours de l’entrevue.

Marche arrière

Dans un communiqué de presse, la responsable de la communication du gouvernement a demandé à CNN de diffuser l’entretien dans son intégralité. Elle estime que les propos du président ont été instrumentalisés.

Au cours de l’interview, Alan Garcia, qui mène une politique nationaliste, précisait qu’il accepterait l’aide des Etats-Unis à condition qu’elle soit “sous le commandement du Pérou”. Une précision qui a disparu des extraits diffusés par CNN.

Marché de la drogue

Cette annonce du chef de l’Etat intervient alors que le Pérou est devenu le plus gros exportateur mondial de feuilles de coca, devant la Colombie. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), environ 120 000 tonnes de feuilles de coca y ont été produites en 2009.

En partenariat avec les Etats-Unis, la Colombie est parvenue à éradiquer beaucoup de cultures. Le Pérou, lui, fait face à une augmentation tant des surfaces cultivées en coca que de la production de cocaïne. Alan Garcia a rencontré, en juin, Barack Obama afin d’intensifier leur coopération dans la lutte antidrogue, en particulier dans le sud-est du pays.

les journalistes n’ont pas bonne presse

Au Pérou, les journalistes font régulièrement d’intimidations de la part des policiers, des fonctionnaires mais aussi des élus. Comme le rappelle Reporters sans frontières dans son classement mondial, le Pérou stagne à la 85ème place en raison des actes de censure et d’intimidation du gouvernement. Rappellons qu’au Pérou, les délits de presse n’ont toujours pas été dépénalisés. La diffamation et l’injure sont passibles de peines d’emprisonnement, comme c’est toujours le cas en France.

La plupart du temps, c’est après des actes de violence que les médias hostiles au gouvernement sont pointés du doigt par l’exécutif. Accusée d’incitation à la violence, la station de radio La Voz de Baguaa est réduite au silence le 8 juin 2009. Sept mois après, c’est la Televisión Oriente, qui se voit retirer sa licence de diffusion sur ordre du ministère des Transports et Communications.

En janvier 2010, Alejandro Carrascal Carrasco, directeur d’un hebdomadaire à Bagua est condamné pour “diffamation” à un an de prison ferme. Il est accusé d’avoir soutenu les violences contre les forces de l’ordre après les émeutes des populations indigènes hostiles aux concessions minières en juin 2009. Au cour du même mois, un autre journaliste, Oswaldo Pereyra Moreno, est condamné et incarcéré pour le même motif.